Donnerstag, 26. Mai 2016

MARTIN MUENCH : METAMORPHOSES (Par Rainer Maria Klaas, piano) - RECENSION

MARTIN MUENCH : METAMORPHOSES (Par Rainer Maria Klaas, piano).
ANIMA RECORDS 2015
Consacré à trois sonates pour piano de jeunesse du compositeur Martin Muench (1961…), cet enregistrement récent s’intitule « Métamorphoses ». 
Que peut signifier ce terme ? 
A première vue, l’interprète Rainer Maria Klaas nous fait découvrir la créativité d’un adolescent,  dont nous pouvons suivre l’évolution,  de 15 à 18 ans,  à travers trois œuvres. S’affranchissant peu à peu d’influences diverses du 20ème siècle pour s’affirmer  au fil des ans, il semble « casser sa coquille »… et nous assistons bel et bien à une naissance. Ce titre nous renvoie également au processus d’écriture que le très jeune Martin Muench met en œuvre dans toutes ses partitions : la transformation continue, ou un art du changement permanent qui s’appuie sur son extraordinaire capacité à s’approprier les matières sonores qu’il modèle à sa guise, nous invitant dans son univers singulier  où tout évolue en permanence. 
SONATE N°1/1976.
Lorsque nous nous apprêtons à entendre une sonate écrite à l’âge de 15 ans, nous nous attendons sans nul doute au talent, mais peut-être parfois à des naïvetés ou des maladresses émouvantes d’adolescent doué…..Il n’en est rien, et nous sommes d’emblée surpris par la maturité musicale, l’équilibre formel  et la pureté de l’écriture qui ne connaît aucune déficience et atteint un niveau de maîtrise et d’accomplissement  que bien des compositeurs expérimentés pourraient envier. 
Fondée sur la mélodie et l’harmonie, cette sonate est avant tout l’œuvre d’un jeune pianiste soliste accompli, qui a fréquenté les répertoires français et russe_notons également une influence de G. Gershwin_et dont l’écriture instrumentale, à la fois  claire et massive, semble directement issue de l’école lisztienne. Martin Muench nous plonge dans une ambiance rêveuse et heureuse, hédoniste, narrative et imagée (univers parfois proche de celui de F. Poulenc). A la croisée d’un post-romantisme et d’un post-impressionisme, sans académisme aucun, il enchaîne aisément des successions d’ambiances et de situations colorées, faisant preuve d’une belle inventivité thématique et harmonique, où se mêlent modalité et réminiscences ravéliennes. Le 3ème mouvement, puissant et virtuose, d’une grande densité d’expression, s’impose par sa force vitale et son rayonnement, laissant ainsi présager d’un prolifique futur musical. 
SONATE N°2/ 1978
Cette œuvre très ravélienne, fondée sur des tissus harmoniques raffinés, est parsemée d’audaces personnelles qui commencent nettement à s’affirmer : poly-modalité, superpositions savantes de lignes et de textures… Riche et complexe, elle témoigne d’une imagination mouvante et à la fois d’une profonde conscience architecturale. Le jeune compositeur semble jouir à volonté de ce que la matière pianistique lui offre, et exploite avec grande aisance les ressources du jeu instrumental. Cette partition luxuriante, de grande difficulté d’exécution, est magnifiquement servie par l’approche limpide, précise et engagée de Rainer Maria Klaas. 
SONATE 3/ 1979
Si son début est scriabinien, cette sonate en quatre mouvements, faite de textures très personnelles, s’émancipe nettement des influences antérieures. Dans des polyphonies denses, le compositeur alors âgé de 18 ans se joue de l’atonalité, des juxtapositions, des mélanges ; l’art du développement, de la transformation des éléments, cohabite avec celui de l’improviste, de l’émergence.  Consommant la matière musicale dans une sorte d’énergie vitale empreinte de sensualité, Martin Muench nous immerge dans son monde intérieur. Un tourbillon de créativité nous emporte dans un torrent sonore qui semble sans fin.  Sans doute guidé par son goût propre et animé par un intense désir d’action, le compositeur se meut vers ce qui l’attire, créant lui-même ses accords, élaborant sans cesse du « nouveau » avec ce dont il dispose. S’il dévoile un tempérament véhément et expansif, il sait aussi cultiver le secret et l’intimité. Loin d’être une « musique à effets », sa musique est celle de tous les possibles ; c’est un art libéré où il ne s’enferme dans aucun système de pensée et s’autorise toutes les directions, comme dans sa surprenante « structure » (3ème mouvement) où des agrégats insolites surgissent du silence, spontanément, façonnés dans l’instant par l’imaginaire. 
Ces partitions, qui ont reçu quelques superficielles retouches en 2003, témoignent d’une grande capacité créatrice qui ne s’est pas démentie par la suite. Elles révèlent aussi une personnalité indépendante et généreuse, dont les choix esthétiques déjà affirmés étaient très distincts des voies officielles de la création musicale en Allemagne dans les années soixante-dix. Dans le contexte actuel, ce chemin de lumière prend à présent tout son sens. 

La musique pour piano de Martin Muench exige un jeu performant et brillant auquel Rainer Maria Klaas s’adapte très fidèlement, alliant sa perfection technique avec chaleur et justesse de ton. 

Sylvie Nicephor, Paris, avril 2016

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